La cétose : Du glucose aux corps cétoniques 

Processus et bienfaits

Processus de la cétose

 

Quand vous cessez de manger, votre corps traverse plusieurs phases métaboliques successives avant d’entrer en cétose. Voici d’abord une vue d’ensemble du mécanisme :

Phase 1 — Glycémie normale (0–6 h) Glucose sanguin utilisé en priorité · insuline haute

Phase 2 — Glycogénolyse (6–24 h) Le foie libère ses réserves de glycogène · insuline en baisse

Phase 3 — Lipolyse (24–72 h) Les adipocytes libèrent des acides gras dans le sang · glucagon monte

 Phase 4 — Cétogenèse (foie) Les acides gras sont convertis en corps cétoniques (BHB, AcAc, acétone)

Cerveau Utilise BHB comme carburant                      Muscles & organes

Oxydent BHB & AcAc via cycle de Krebs

Corps cétoniques produits BHB Bêta-hydroxybutyrate (78 %)

AcAc Acétoacétate (20 %)

Acétone Expirée / urine (2 %)

Le mécanisme en détail

Phase 1 — Les premières heures (0 à 6 h) Le corps fonctionne normalement avec le glucose circulant dans le sang. L’insuline est haute et inhibe la lipolyse. Rien de particulier ne se passe encore.

Phase 2 — La glycogénolyse (6 à 24 h) Une fois le glucose sanguin épuisé, le foie dégrade son stock de glycogène (environ 100 g) et les muscles le leur (environ 300–400 g), libérant du glucose. C’est pourquoi vous ressentez de la fatigue ou de l’irritabilité dans cette fenêtre. L’insuline chute, le glucagon monte.

Phase 3 — La lipolyse (24 à 72 h) Les réserves de glycogène sont épuisées. Le pancréas sécrète massivement du glucagon, qui active la lipase hormono-sensible dans les cellules adipeuses (adipocytes). Ces dernières libèrent des acides gras dans la circulation sanguine. Ces acides gras rejoignent le foie.

Phase 4 — La cétogenèse (dans les mitochondries hépatiques) C’est le cœur du processus. Dans les mitochondries des hépatocytes, les acides gras subissent la bêta-oxydation, produisant de l’acétyl-CoA en excès. Cet excès ne peut pas entrer dans le cycle de Krebs (faute d’oxaloacétate, lui-même épuisé car il sert à la gluconéogenèse). Alors deux molécules d’acétyl-CoA se condensent pour former de l’acétoacétate (AcAc), qui est réduit en bêta-hydroxybutyrate (BHB) ou décarboxylé en acétone.

Phase 5 — Distribution aux tissus Le BHB et l’AcAc sont exportés dans le sang et captés par le cerveau, le cœur, et les muscles, qui les reconvertissent en acétyl-CoA via la succinyl-CoA-transférase (SCOT) pour entrer dans le cycle de Krebs et produire de l’ATP (Adénosine triphosphate).

Les bienfaits documentés de la cétose

Neurologiques Le BHB est un carburant plus efficace que le glucose pour le cerveau : il produit plus d’ATP par molécule d’oxygène consommé. Il inhibe également le récepteur NLRP3 (inflammasome), réduisant l’inflammation cérébrale. Des bénéfices sont observés dans l’épilepsie pharmaco-résistante (effet anticonvulsivant démontré depuis les années 1920), et des recherches actives portent sur Alzheimer et Parkinson.

Métaboliques La sensibilité à l’insuline s’améliore significativement, car la cétose réduit la glucotoxicité et la lipotoxicité. La glycémie se stabilise avec moins de pics/vallées. Le corps devient un « brûleur de graisses » efficace.

Régulation de l’appétit Le BHB supprime la ghréline (hormone de la faim) et agit sur l’hypothalamus. La cétose réduit les fluctuations glycémiques qui déclenchent les fringales.

Autophagie et longévité Le jeûne et la cétose activent l’autophagie (nettoyage cellulaire des protéines endommagées), via l’inhibition de mTOR et l’activation d’AMPK. Des études sur des modèles animaux montrent une extension de la durée de vie.

Anti-inflammatoire Le BHB est un inhibiteur direct des histones désacétylases (HDACs) et supprime l’inflammasome NLRP3, ce qui réduit l’IL-1β et l’IL-18, deux cytokines pro-inflammatoires impliquées dans de nombreuses maladies chroniques.

Note importante : la cétose nutritionnelle (BHB entre 0,5 et 3 mmol/L) est à distinguer de l’acidocétose diabétique (>10 mmol/L), un état pathologique qui ne concerne que les diabétiques de type 1 sans insuline.